Deux mots d’histoire…
La lithographie est une technique bicentenaire permettant la reproduction d’un dessin sur pierre. Dès son origine, elle a été vouée à diverses applications, aussi bien pratiques (les cahiers lignés des écoliers étaient fabriqués ainsi …), qu’artistiques puisqu’elle fut très vite adoptée par les Imageries d’Épinal. Les premiers artistes qui s’intéressèrent à la lithographie n’étaient pas des moindres (Goya, Delacroix, …), et à leur simple curiosité au départ pour une nouvelle technique succède bientôt l’intérêt de reproduire leurs œuvres.
Un artiste… un lithographe… deux complices pour créer une litho
L’artiste et l’artisan vont se comprendre, se rejoindre et presque … inverser les rôles : l’artiste devient technicien ; il va décomposer son œuvre, l’analyser, et va travailler sur une ou plusieurs pierres vierges (une par couleur), dessin à même la pierre, au pinceau ou au crayon gras, en noir, en rêvant à son futur jaune, violet, brun ou ocre …
L’artisan se fait artiste : tout l’art consiste à reproduire l’œuvre de l’artiste avec un minimum de couleurs. Son œil exercé de chromiste lui permet, avec quelques couleurs de base, de reproduire les nuances les plus délicates, les plus complexes que désire l’artiste.
Le résultat : une « litho » originale qui sera après réflexion de l’artiste fixée à un nombre défini d’exemplaires, numérotés et signés par l’artiste. Le tirage est immortalisé, figé ; il n’y en aura pas d’autre : la pierre est grainée, elle redevient vierge, prête à accueillir une nouvelle œuvre.
Les étapes
Le grainage
La pierre est poncée à l’aide d’une autre pierre, avec un apport de sable et d’eau. A l’issue, elle est parfaitement lisse, comme de la peau.
Le dessin sur pierre
L’œuvre, décomposée, se dessine à l’envers, en noir. Il faut beaucoup d’imagination pour en prévoir l’aboutissement.
La recherche des couleurs
Tout l’art du chromatiste : ce ne sont que quelques couleurs savamment analysées qui, par superposition, recréeront l’œuvre.
Le tirage
Après une préparation basée sur des principes chimiques simples (l’eau et l’huile ne se mélangent pas), l’artisan passe le rouleau à encrer d’un geste souple et assuré. La couleur prendra où elle doit. Puis il actionne la presse qui permettra à l’encre déposée sur la pierre de s’imprimer sur le papier.
Ce serait dommage qu’il n’en reste qu’un…
Il faut beaucoup de passion et de courage pour se lancer dans un long apprentissage … qui débouche sur un métier tellement méconnu de nos jours que le diplôme de lithographe n’existe même plus !
De passion et de courage, Frédéric MONTIER n’en manque pas. Passionné dès son plus jeune âge par le dessin et la peinture, les hasards de l’orientation scolaire l’amènent à entrer dans une école d’imprimerie. Cela lui permet de s’initier aux encres et aux techniques de reproduction … et de réaliser que ce métier, devenu trop anonyme et répétitif, ne lui convenait guère.
Le hasard, encore une fois, intervient : il cherche une orientation dans l’artisanat d’art, tous ces métiers rares (taille douciers,…) où les quelques survivants subsistent à grand’ peine et n’ont même plus les moyens de former la relève ! Et le destin d’une rencontre en décide : ce sera la lithographie. Il fera son apprentissage chez un des derniers vrais lithographes parisiens, à l’Atelier PONS, qui utilise encore la bête à corne. Il acquiert alors une presse à litho afin de travailler pour lui-même. Toujours passionné de peinture, il crée de plus en plus.
Art, artisanat, deux facettes d’une profession de foi qui ont pour bien commun le goût du travail bien fait, le plaisir des gestes anciens et, en filigrane, la recherche d’un certain art de vivre.
